
Un document publié par le lobby environnemental Transport & Environment appelle Bruxelles à exclure les hybrides rechargeables des futurs quotas de véhicules “propres” dans les flottes d’entreprise. Dans le viseur : des PHEV (hybrides rechargeables) jugés trop peu rechargés et plus émetteurs que prévu. Mais entre dérives d’usage et évolution récente des technologies, le sujet est plus nuancé qu’il n’y paraît.
La Commission européenne a proposé une réglementation sur les véhicules d’entreprise visant à augmenter la part de modèles zéro émission à partir de 2030. Comme les flottes représentent environ 60 % des immatriculations neuves en Europe et près de 90 % des utilitaires, toucher aux obligations ou à la fiscalité des voitures de société peut, en pratique, redessiner une grande partie du marché.
Dans ce contexte, Transport & Environment juge la proposition actuelle trop timide. L’ONG demande que les objectifs portent exclusivement sur des véhicules 100 % électriques ou à hydrogène, et que les hybrides rechargeables soient exclus des quotas. Elle plaide aussi pour la suppression des avantages fiscaux dont bénéficient encore les voitures essence et diesel de société. Une prise de position assumée, pensée pour peser dans un débat encore ouvert.
L’argument central de Transport & Environment repose sur les émissions réelles des hybrides rechargeables. Une vaste étude européenne, exploitant des données embarquées de plus de 1,4 million de véhicules, met en avant un écart important entre la théorie et la vraie vie.
En usage réel, la consommation moyenne dépasse 6 l/100 km, loin des 1 à 1,5 l/100 km annoncés en homologation. Et surtout, sur ces voitures qui peuvent rouler de petites distances en tout électrique, seuls 31 % des kilomètres sont parcourus moteur thermique totalement coupé. Sur certains modèles haut de gamme, l’usage électrique frôle même 0 %.
Le point clé, c’est que ce n’est pas forcément un problème de technologie, mais d’usage : quand les conducteurs ne rechargent pas, l’hybride rechargeable se comporte comme une voiture thermique… avec le handicap d’une batterie qui alourdit l’ensemble.
Les voitures de fonction ressortent comme un cas typique : quand le conducteur a une carte carburant et n’a pas d’incitation financière à recharger, le PHEV a tendance à fonctionner comme un thermique, avec une batterie en bonus… mais pas forcément utile. Ce constat alimente logiquement la critique de Transport & Environment.
Pour autant, ces chiffres (et ce problème) ne suffisent pas à eux seuls à clore le débat réglementaire.
Exclure totalement les PHEV soulève plusieurs questions.
D’abord, même s’ils restent derrière l’hybride en France, les hybrides rechargeables progressent en Europe : +32 % en janvier 2026, et ils frôlent désormais les volumes du diesel. Pour de nombreux constructeurs, ils représentent un pilier de transition. Pour certaines entreprises, c’est aussi une manière de s’adapter plus progressivement.
Ensuite, l’étude citée décrit des véhicules immatriculés entre 2021 et 2023. Or, depuis, plusieurs constructeurs ont lancé une nouvelle génération de PHEV capables de dépasser 100 km d’autonomie électrique WLTP, parfois avec recharge rapide en courant continu. Ces évolutions peuvent changer les usages au quotidien, en rendant la recharge plus simple et plus pertinente.
Enfin, le nerf de la guerre n’est pas uniquement la technologie : c’est aussi le comportement et la fiscalité. Plutôt que d’exclure les PHEV, certains proposent de conditionner leurs avantages fiscaux à un usage réellement électrique, ou à des seuils d’autonomie plus exigeants.
Au fond, ce débat va au-delà d’un duel “tout électrique” contre “tout thermique”. Il montre surtout que les flottes d’entreprise sont devenues le véritable champ de bataille de l’électrification en Europe.
Bruxelles est face à un casse-tête : comment pousser fort vers le zéro émission, sans ignorer la réalité des usages ni les évolutions rapides des hybrides rechargeables. Entre règles, fiscalité et comportements de recharge, la décision à venir dira surtout une chose : à quel rythme l’Europe veut vraiment basculer, et avec quels compromis.
Transport & Environment demande que les objectifs portent exclusivement sur des véhicules 100 % électriques ou à hydrogène, et que les hybrides rechargeables soient exclus des quotas.
Seuls 31 % des kilomètres sont parcourus moteur thermique totalement coupé.
En usage réel, la consommation moyenne dépasse 6 l/100 km.

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